Durant l'année, nous sommes toutes et tous pris par le temps : emplois du temps professionnels et personnels, journées trop courtes, volonté de tout faire. Cette accumulation réduit peu à peu notre maîtrise du temps et de l'organisation.
Retrouver la maîtrise de son temps, c'est aussi retrouver le temps long. Une trajectoire professionnelle se construit dans le temps long. Elle se dessine dans la cohérence des expériences, des décisions et des questions que nous acceptons de nous poser.
On dit souvent que l'été est le moment de faire une pause, de ralentir, voire de s'arrêter. Je crois, au contraire, qu'il peut être le meilleur moment pour se remettre en mouvement. Lorsque le rythme ralentit, l'été peut nous permettre de nous reconnecter à l'essentiel et d'interroger ce qui nous anime profondément.
Sortir du flux : retrouver de la perspective
Le quotidien professionnel laisse peu de place au recul. Aux décisions, aux équipes, à la gouvernance et aux partenaires s'ajoute un flux presque ininterrompu de courriels, d'appels, de messages et d'informations. Chaque sollicitation semble appeler une réponse immédiate. Cet emballement quotidien brouille notre capacité à nous recentrer. À force de réagir, nous pouvons perdre de vue ce que nous voulions réellement accomplir.
Le flux informationnel continu fragmente l'attention et accelere le rythme du travail. L'INRS relie ces interruptions plus frequentes a une charge mentale croissante et aux risques psychosociaux.
[1] Dares-Drees-DGAFP-Insee, Enquete Conditions de travail 2019, France hors Mayotte.
[2] Boulonne S., Gault G., Medioni D., La fatigue informationnelle, Fondation Jean-Jaures / L'ObSoCo / Arte, 2024.
[3] INRS, Communiquer avec les outils numeriques. Risques et pistes de prevention, ED 6508, 2024.
Retrouver le temps long, c'est se donner la possibilité de penser et de choisir.
Je t'aime... moi non plus
Dans une trajectoire professionnelle, il faut parfois avoir le courage de s'interroger et de remettre en question une situation que l'on pensait acquise. Se poser des questions permet de regarder lucidement ce qui fonctionne, ce qui s'est fragilisé et ce qui pourrait évoluer, tout en restant pleinement engagé.
Être bien en poste, regarder ailleurs
Se mettre en mouvement peut aussi faire évoluer sa situation actuelle. Interroger ses conditions de travail, le cadre d'exercice de ses fonctions, les moyens disponibles, la relation avec les équipes ou la qualité du dialogue avec la gouvernance peut ouvrir des perspectives positives : clarifier son mandat, faire évoluer certaines pratiques, redéfinir une collaboration, renforcer une équipe ou restaurer un dialogue devenu trop fragile.
Regarder ailleurs permet aussi de mieux comprendre ce que l'on recherche. Découvrir d'autres organisations, d'autres modèles de gouvernance ou d'autres manières d'exercer une fonction aide à identifier ce que l'on souhaite préserver, faire évoluer ou ne plus accepter.
Cinq questions à se poser cet été
1. Qu'est-ce qui m'anime au quotidien ?
2. Quelles sont les réalisations positives de ma dernière année ?
3. Quelles sont mes priorités professionnelles futures ?
4. Quelle réalisation souhaiterais-je accomplir dans les six prochains mois ?
5. Que dois-je mettre en place pour y parvenir ?
Cette réflexion peut conduire à envisager un départ. Elle peut aussi faire apparaître une autre possibilité : rester en faisant évoluer sa manière d'exercer son rôle.
Se mettre en mouvement pour garder la main
Dans le monde professionnel, une situation peut toujours évoluer. Il est possible d'améliorer un cadre, de faire évoluer une relation et de progresser collectivement. Cela suppose une phase d'introspection, une communication réelle et une gestion du risque à la fois mesurée et ambitieuse.
Trop souvent, la mobilité professionnelle est subie. Elle intervient dans un cadre peu propice à la réussite. Une mobilité réussie ne s'improvise pas.
Elle suppose de disposer d'outils performants : un CV clair, structuré et hiérarchisé, ainsi qu'une présence cohérente et actualisée sur les réseaux socioprofessionnels. Elle suppose également de faire vivre son réseau, non pas uniquement dans une logique utilitariste, mais dans une logique d'échange et d'émulation collective : je donne et je reçois en retour. Elle suppose enfin d'accepter une part de mobilité et de risque. Certaines décisions peuvent conduire à changer de secteur, de fonction, d'environnement, parfois même de niveau de rémunération. Il n'y a pas de fatalité à cela.
Le véritable risque n'est pas de regarder ailleurs, mais bien de rester immobile.
S'interroger sur ses ressorts profonds, interroger son cadre d'exercice et se mettre en mouvement permettent surtout de conserver une forme de souveraineté : la capacité de choisir, de décider et de s'engager vers une nouvelle option professionnelle, mais aussi, et surtout, de conserver la possibilité de rester à son poste.
La clé de cet été est peut-être là : se mettre en mouvement pour garder la main. Je vous souhaite un bel été.
- Maxime Pineau, Directeur conseil, Capstone Conseil

