Sept mois nous séparent du premier tour de l'élection présidentielle, fixé au 18 avril 2027. D'ici là, un budget aura été discuté, la moitié du Sénat renouvelée, les candidats désignés. Pour les associations, les fondations et les organisations professionnelles, cette séquence touche directement aux moyens des prochaines années.
Je consacre trois numéros de La Lettre à cette campagne et à ce qu'elle engage pour le secteur. Il s'agit d'abord d'un exercice de clarification : remettre les échéances en perspective, dire ce qui se joue derrière chacune, et rendre visibles les actions déjà engagées, ici par une institution, là par une tête de réseau, ailleurs par une direction associative. Cette première note part de ce que j'ai vu bouger cet été et en cette rentrée : au Conseil économique, social et environnemental (CESE), dans le cadre des discussions budgétaires de l’État, et dans l'agenda que le secteur se donne.
Le CESE voit grand
Comme le veut la tradition, le CESE s'est renouvelé, et de quelle manière ! Pour la première fois de son histoire, il a élu une femme à sa présidence, et de surcroît une figure du monde associatif : Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif.
Changement de méthode, aussi : pour la première fois, les 69 organisations qui le composent ont défini ensemble les priorités de l'année, cinq chantiers allant des conditions d'une vie digne à la cohésion démocratique et territoriale, en passant par le travail et les compétences, les souverainetés économique, industrielle et technologique, et une transition écologique juste. Changement de ton, surtout : la présidence Thoury s'annonce plus affirmée, et plus politique. Le CESE doit accepter le « désaccord constructif » plutôt que rechercher le consensus à tout prix, dit sa présidente. Il entend peser, à son échelle, sur une campagne déjà engagée.
Elle prend ses fonctions dans un ensemble sous pression. Le budget du CESE est passé de 44 à 34 millions d'euros en cinq ans, et la Cour des comptes en critiquait encore le fonctionnement en juillet 2025. L'échelon régional a bien failli disparaître : la loi de simplification de la vie économique, adoptée en avril, rendait facultatifs les CESER, et il a fallu la censure du Conseil constitutionnel pour les maintenir, sur un simple motif de procédure. Elle est tombée le 21 mai, le lendemain de l'élection de Claire Thoury.
Le CESE répond en se posant en lieu de participation citoyenne : 150 citoyens tirés au sort travailleront à partir de novembre sur les finances publiques, pour remettre leurs conclusions au nouvel exécutif en 2027. Suffisant pour cesser d'être un bouc émissaire, et pour trouver sa place dans un paysage saturé d'instances consultatives ? Pas si sûr. À suivre.
Pour la première fois, les 69 organisations qui composent le CESE ont fixé ensemble ses priorités.
Le budget, ou l'art de compter deux fois
Le 17 septembre, le Premier ministre a présenté un budget qu'il veut « offensif » : 54 milliards d'euros d'économies pour ramener le déficit à 5 % du produit intérieur brut, contre 6,5 % sans mesures. L'AEF le décrit comme « le plus rigoureux jamais présenté la veille d'une élection présidentielle ». Conseil des ministres le 1er octobre, Parlement à partir de la mi-octobre. La dette et le budget sont devenus le grand thème de 2027.
Le chiffre impressionne, et il a des airs d'arlésienne : chaque année, l'effort annoncé fond au fil des débats. Pour 2026 : 4,7 % de déficit visés dans le projet initial, 5 % dans le budget voté, 5,4 % prévus aujourd'hui. En chemin, les économies attendues de la Sécurité sociale sont passées de 10 à 4 milliards, celles demandées aux collectivités réduites de 3 milliards. Cette fois encore, l'arithmétique interroge : 54 milliards pour 0,4 point de déficit, pendant que la dette passerait de 119,3 % à 121,7 % du produit intérieur brut.
Les conséquences, elles, ne sont pas hypothétiques. Pour le monde associatif, elles sont déjà là. Le budget 2026 a taillé ligne par ligne : la mission Jeunesse et vie associative a perdu 26 % de ses crédits, l'insertion par l'activité économique 541 millions d'euros, le service civique 115 millions avec un objectif ramené de 150 000 à 110 000 volontaires ; les contrats aidés sont passés de 57,8 à 34 millions, les tiers-lieux de 13 millions à 700 000 euros, la ligne ESS à 12,3 millions contre 19,8 millions en 2025. Sept associations employeuses sur dix déclarent des fonds propres fragiles ou nuls, trois sur dix moins de trois mois de trésorerie, près de quatre sur dix réduisent leur masse salariale, et les liquidations ont doublé en trois ans.

[1] Gouvernement, présentation des grandes lignes du projet de loi de finances pour 2027, 17 septembre 2026.
[2] Le Mouvement associatif, note d'analyse et amendements, projet de loi de finances 2026, octobre 2025.
[3] ESS France et Caisse d'Épargne, note de conjoncture sur l'emploi dans l'ESS, 22 avril 2026 : 12 305 emplois associatifs supprimés sur un an à fin décembre 2025.
Aucun champ n'est à l'abri, mais chacun est touché par un canal différent. Les petites structures encaissent la raréfaction des subventions. Le sanitaire et le médico-social, financés par l'assurance maladie et la tarification, dépendent du budget de la Sécurité sociale plus que de celui de l'État, ce qui ne les protège en rien : les fédérations dénonçaient déjà l'asphyxie de la campagne budgétaire 2026. Les solidarités portées par les départements suivront le sort des collectivités : la dotation globale de fonctionnement a été gelée en 2026, et rien n'est tranché pour 2027.
L'effort budgétaire se discute encore ; la contraction du secteur, elle, est déjà acquise.
Le secteur n'a pas désarmé pour autant. L'UDES a remis le 10 septembre cinq propositions à la conférence Travail, Emploi, Retraite : faire du premier emploi un investissement dans les compétences, de la fin de carrière un temps organisé de transmission, prévenir l'usure professionnelle, faire du sens au travail un levier d'engagement, reconnaître toutes les formes d'engagement. La Mutualité française demande aux parlementaires de réduire la fiscalité sur les complémentaires santé. Le monde coopératif défend son modèle, et les tribunes communes se multiplient.
Rappelons-le : les associations emploient 1,8 million de salariés, près de 10 % de l'emploi privé. Il y a là une occasion rare de parler d'une seule voix, des grandes associations sanitaires et médico-sociales aux organisations professionnelles, elles aussi fragilisées. Suffisant pour sortir du dialecte gouvernemental sur les économies à réaliser ? Pas à court terme. Mais la campagne ne fait que commencer.
Quelques repères calendaires
L'AUTOMNE BUDGÉTAIRE
● 27 septembre : renouvellement de la moitié du Sénat, 178 sièges. La chambre des collectivités, donc des premiers financeurs du tissu associatif.
● 1er octobre : projet de budget de l’État et projet de budget de la Sécurité sociale en Conseil des ministres.
● Mi-octobre : ouverture du débat parlementaire, seule fenêtre où les amendements pèsent réellement.
● 31 décembre : date limite d'adoption. Par le vote, par le 49.3, ou pas du tout.
LE SECTEUR SE RASSEMBLE
● 15 octobre : 20e Forum national des associations et fondations, au CENTQUATRE à Paris. 5 000 participants, 220 intervenants, sur le thème « Agir ensemble, influer durablement, transformer profondément ». L'année des 125 ans de la loi du 1er juillet 1901, et le jour où le budget entre au Parlement.
● Novembre : démarrage de la convention citoyenne du CESE sur les finances publiques, conclusions remises au nouvel exécutif en 2027.
● Janvier 2027 : ESS France auditionne les candidats sur leurs engagements. Son président Benoît Hamon, lui-même candidat en 2017, attendait encore fin août un rendez-vous avec le Premier ministre, toujours « à l'étude » du côté de Matignon.
Les programmes se préciseront d'ici au printemps. C'est dans cet intervalle que les organisations du secteur portent leurs propositions.
Un point rarement relevé : contrairement à 2017 et à 2022, la présidentielle ne sera pas suivie automatiquement d'élections législatives. L'Assemblée élue en juillet 2024 siège en principe jusqu'en juin 2029, et il faudrait une dissolution pour en changer, que beaucoup jugent probable. Le président élu en mai pourrait néanmoins gouverner face à la même Assemblée qu'aujourd'hui. À ce stade, personne ne peut dire dans quelle configuration se négociera le budget 2028.
Conclusion : que ressort-il du constat de ces calendriers qui se télescopent ?
En rédigeant cette Lettre, j'ai pu constater avec intérêt que nous traversions une période tumultueuse. Vous allez sûrement vous dire : « il ne s'en rend compte que maintenant ? ». Évidemment, comme chacun, je constate l'instabilité, le blizzard institutionnel et politique dans lequel nous sommes et qui crée de l'incertitude et de la contraction sur le champ économique. Cela étant, l'écriture de ce texte me permet également de constater que, par-delà les enjeux colossaux auxquels nous faisons face, des solutions existent et que les acteurs du monde associatif s'organisent pour y répondre. Le moment est crucial : il s'agit désormais de parler d'une seule voix, d'anticiper, de prévoir et d'agir aux bons endroits. Les prochains numéros de La Lettre seront l'occasion de regarder avec précision les leviers et, peut-être, les raisons d'espérer.
- Maxime Pineau, Directeur conseil, Capstone Conseil

